Lettre aux Amis des Frères Carmes
Province d’Avignon–Aquitaine — Juin 2007
Liminaire
Thérèse d’Avila, fondatrice infatigable, mère et maîtresse de vie pour ses filles
moniales et pour une multitude de laïcs, prêtres et religieux, meurt le 15 octobre
1582. Dès l’année suivante, à Evora, paraît le premier volume de ses écrits, tandis
que Jean de Brétigny, modeste gentilhomme français aux origines sévillanes, tra-
vaille déjà à ce qui sera la première traduction française d’œuvres de la ‘Madre’ –
il s’agit des Constitutions, texte que Jean rapporte de sa visite au Carmel de Séville.
Ce n’est que le début – mais déjà ‘tous azimuts’ – de l’aventure
éditoriale des écrits de sainte Thérèse : désormais l’expansion du
Carmel ‘thérésien’ va de pair avec la propagation de ces monuments
de la littérature spirituelle que sont le Chemin de Perfection ou le Livre
des Demeures. Le même phénomène vaut pour Jean de la Croix –
quoique de manière plus lente et plus complexe, les écrits du
Docteur mystique n’étant pas sans causer quelque inquiétude aux
autorités quant à leur juste compréhension...
En cela les deux géants espagnols s’inscrivent en bonne place dans ce phéno-
mène nouveau propre à la fin du XVIème siècle : après la Bible, premier grand
succès de librairie de l’imprimerie à partir des années 1520, c’est la littérature spi-
rituelle qui connaît une véritable ‘explosion’ : non seulement elle fournit les rayons
des libraires d’un siècle qui se préoccupe de son âme, mais encore elle favorise et
alimente ‘à jet continu’ des aspirations, sinon nouvelles, du moins répandues,
dévoilées et enseignées plus largement que jamais auparavant. Pour le Royaume de
France, voilà qui permet, matériellement parlant, l’« invasion mystique » : au tour-
nant du siècle, chez Madame Acarie, ce qui va compter d’acteurs influents du
renouveau spirituel et mystique – Pierre de Bérulle, Monsieur de Sales, Dom
Beaucousin – s’échange les oeuvres de la sainte Réformatrice et de bien d’autres
encore : on lit, on diffuse, on commente, on pratique.